La France, l’autre pays des startups

Pour cette rentrée de septembre très chargée, je vais essentiellement vous diriger vers cet excellent article du site ReadWriteWeb auquel je n’ai rien à rajouter ou à retrancher. L’auteur, Pamela POOLE, est une américaine francophile connaissant parfaitement l’écosystème des startups de la Silicon Valley et de Paris. Elle brosse un portrait clair de la scène parisienne, mais aussi par extension française, en matière de financement et d’accompagnement aux jeunes entreprises innovantes. Même si l’article est en anglais, il est très facile à lire, et je gage que la site français de RRW en fera une traduction rapide. Voici une illustration tirée de l’article résumant quand les différents supports français dans la vie d’une startup :

Continue reading La France, l’autre pays des startups

Le bandit armé et la stratégie en entreprise

Il y a de très nombreuses façons de considérer la réflexion stratégique et son intérêt en entreprise. Pour l’entreprise innovante soumise à des pressions complexes et rapidement changeantes, il peut même être jugé insensé de développer la moindre approche stratégique. A quoi bon essayer de prévoir le chaos ?

Laissez moi donc vous parler de ce que le prix Nobel Niels BOHR avait nommé le paradoxe du bandit armé :

Dans les duels de westerns américains le gentil dégaine toujours après le méchant et parviens à le tuer. Alors que dans les westerns spaghettis pour tuer le méchant, le gentil dégaine avant pour arriver à tuer le méchant (*).

Ces interprétations cinématographiques sont en fait un problème de neuroscience : une réponse planifiée (je vais dégainer avant lui) est-elle plus rapide qu’une action en réaction à un stimulus (dès qu’il bouge, je dégaine) ? Aujourd’hui les scientifiques sont capables de mesurer l’écart entre les deux tireurs : il n’est que d’une vingtaine de millièmes de seconde. En comparaison le temps que met le cerveau à repérer un stimulus et à y réagir est dix fois supérieur.

La science donne donc raison aux westerns spaghettis, pas à Hollywood : pour tirer plus vite il vaut mieux avoir prévu de le faire avant, plutôt que de réagir au mouvement de l’adversaire.

Si la résolution de ce paradoxe est amusante, elle est en ce qui me concerne un bonne illustration de ce à quoi sert la stratégie : scénariser l’avenir et préparer des réponses adaptées aux scénarios. Même si ces scénarios ne se dérouleront jamais exactement (relisez un de vos business plan de 2008 ou 2009 si vous voulez le vérifier), votre réponse restera plus rapide et plus pertinente.

Nicolas MACHIAVEL parlait de la Fortuna et de la Virtù : la capacité à imposer sa volonté et sa souplesse (la Virtù) aux contingences extérieures que nul ne peut maitriser, ni réellement anticiper (la Fortuna).

C’est bien pour moi l’essence de la stratégie en entreprise.

(*) Ce paradoxe se retrouve jusque dans Star Wars où les fans débattent depuis 1977 pour savoir si Han Solo a tiré en premier sur Greedo

Vous créez une startup ? Chassez les idées reçues !

Le produit n’est pas intéressant

La plupart du temps, vous n’allez pas livrer au marché le produit auquel vous pensiez avant la création de la startup. Si tout se passe bien, de nombreuses “catastrophes” vont venir vous perturber et faire mûrir l’idée de départ. Si vous avez inventé une technologie, elle restera au coeur de l’histoire. Mais il faudra savoir ne pas s’entêter, laisser le marché et la concurrence vous challenger et adapter votre vision. Continue reading Vous créez une startup ? Chassez les idées reçues !

Le mentoring en entreprise 4/10

Voici en avant première quelques informations issues de ma recherche. Deux caractéristiques importantes des membres du binôme mentor-mentee (accompagnateur-accompagné) sont la disponibilité et l’ouverture.

Lorsque l’on parle de disponibilité nous pensons bien sûr à une certaine disponibilité de temps, puisqu’un mentor va devoir consacrer de son temps à un mentee ou entrepreneur qu’il accompagne. Au sein du Réseau Entreprendre la norme étant d’un rendez-vous d’environ deux heures (parfois plus) une fois par mois, donc le mentor ainsi que son accompagné doivent se dégager du temps régulièrement pour leur rendez-vous en face à face. Mais cette disponibilité n’est pas seulement temporelle et physique c’est aussi une disponibilité d’esprit et intellectuelle. En effet le mentor peut porter une certaine attention à son mentee et penser à lui en dehors des rendez-vous physiques, lui envoyer de l’info, contacter des personnes de son réseau à son propos et répondre par téléphone ou par mail à des questions ponctuelles de son mentee etc. et de même le mentee doit être disponible pour recevoir ces infos et être engagé dans la relation afin de pouvoir en recevoir tous les bénéfices.

Continue reading Le mentoring en entreprise 4/10

La vie privée, un problème de vieux cons ?

Sécurité, vie privée, cryptage des données, surveillance, confiance… Travaillant avec plusieurs startups purement dans le numérique, j’ai l’impression de devenir de plus en plus un expert involontaire sur le sujet. Et voilà que Jean-Marc MANACH (entre autre fondateur des Big Brothers Awards en France et de Vie Privée.org et chroniqueur au Monde) nous livre un document clair, synthétique et libre de ton sur ces enjeux. Un livre à indubitablement rajouter sur votre liste de l’été !

la vie privée un problème de vieux cons

Lectures d’été 2010 pour entrepreneurs

En juin 2009 je vous livrais une liste de quelques ouvrages à emporter à la plage. Si je devais vous livrer une version 2010, voici ce que je retiendrai : Continue reading Lectures d’été 2010 pour entrepreneurs

L’innovation partagée

Je travaille depuis quelques semaines pour une future startup qui va être créée par un grand groupe industriel. Celui-ci cherche à ensemencer, en permettant à de nouvelles pousses de développer des activités, à partir de portfolios technologiques qui ne sont pas stratégiques pour le groupe. Le travail porte sur la qualification de l’intérêt marketing des produits imaginés, la construction d’une vision stratégique et la formalisation d’un business model. Au cours de ce travail nous avons été amené à nous poser des questions très intéressantes que je souhaite partager avec vous (en restant très discret sur l’activité de la startup en création bien entendu).

Freemium

L’un des points central lié à la personnalité des créateurs de cette startup, a été volonté de réaliser des profits d’une part, mais aussi d’apporter gratuitement à une communauté d’utilisateurs de nouveaux services. Rien de très révolutionnaire si l’on s’arrête à un modèle “freemium” classique : le service initial est gratuit, mais si vous souhaitez avoir une plus forte consommation de ce service il faudra payer. Mais cette logique ne répondait pas à la volonté annoncée. Le modèle freemium est le plus souvent un artifice commercial. Une fois que vous avez goûté au service, l’entreprise parie que vous souhaiterez aller plus loin et réellement consommer. C’est plus une logique d’essai que de don. Encore que Google, avec des service comme Gmail prouve le contraire. Il n’y a qu’une part infime des utilisateurs de leur webmail qui a besoin de passer à une formule payante via Google Apps. Pour la majorité des utilisateurs c’est un “don”, qui n’est rentabilisé que par la présence de publicités (facilement désactivables).

Open Source

Une autre approche est celle de l’open source. Dans ce cas la plupart des droits d’une technologie sont consentis sans contre-partie. Une fois diffusée, vous pouvez copier, diffuser, modifier la technologie. Ne subsistent en général que des règles d’attribution : il est exigé que les auteurs restent cités et identifiés. Même si l’open source peut donc produire des technologies gratuites, une rémunération est demandée : celle de la reconnaissance. Si vous souhaitez allez plus loin sur ce point, je vous renvoie vers un article récent où je parlais de ce sujet : Innover les Business Models par la Monétisation.

Bien que l’open source concerne essentiellement le domaine du logiciel, Arduino en Italie est une TPE devenue célèbre en créant le modèle de l’hardware open source. Arduino développe des systèmes électroniques très malins dont les plans sont diffusés librement, et dont tout le monde s’empresse de bénéficier. Y compris des concurrents qui produisent des systèmes “Arduino” en les copiant ouvertement et sans chercher à faire de R&D. Mais une fois qu’une reconnaissance suffisante est obtenue, les gros clients viennent proposer des missions spécifiques à haute valeur ajoutée. C’est une logique de propagation : on donne en échange d’une forte recommendation. Celle-ci permet ensuite de générer une activité commerciale avec le haut du marché.

Mais ici encore cela ne correspondait pas parfaitement à la vision des entrepreneurs avec qui je travaille.

Shared Innovation

Nous en sommes alors venu au concept d’innovation partagé. L’idée est cette fois-ci d’aller rapidement à création d’un service à très forte valeur ajoutée pour des entreprises, et de le commercialiser à un prix relativement élevé. C’est une logique de leadership produit : devenir les meilleurs sur un segment d’innovation technologique. La contre-partie est la nécessité de maintenir des cycles d’innovations rapides et continus, pour conserver son avance face à une concurrence qui tôt ou tard se réveille. Les services devenant moins intéressants pour le haut du marché devraient selon la logique habituelle, être vendus de moins en moins en chers en descendant de plus en plus dans la marché. C’est la stratégie de la vache à lait formalisée par le Boston Consulting Group dans les années 70.

Notre approche a été plus radicale : si la startup parvient à développer des technologies suffisamment en avance, elle ne se rémunèrera qu’avec la dernière version de ces technologies. Les versions précédentes plutôt que d’être rentabilisées le plus possible, seront données gratuitement au marché. Du Freemium inversé en quelque sorte (Premee ?) où les profits obtenus doivent être suffisant, pour ensuite partager les technologies gratuitement dès que possible. Si vous imaginez Free fournir gratuitement l’ADSL 1-10 Mo et ne faire payer que le 28 Mo, vous avez compris l’idée.  Si elle est tenable, cette stratégie a deux intérêts : on donne réellement quelque chose à la communauté (pas un service tronqué en espérant faire monter en gamme un client appâté), et on neutralise la concurrence qui n’a pas d’espace de jeux en arrière. Impossible pour d’autres de venir se positionner avec un service un peu moins performant à moindre coût.

Toutes les industries sont-elles égales devant l’innovation ?

Étant actuellement en vacances, j’ai le temps de lire quelques livres que j’avais mis de côté ces derniers mois. Et cela m’a permis de retrouver une citation que j’avais promise à un groupe de client, mais que je n’avais pas réussi à localiser à l’époque. Nous discutions de la facilité et de l’intérêt qu’il y avait à innover dans différents secteurs. Une partie du groupe estimait que pour certains de ces secteurs, il était possible de faire du “marketing” (entendez du marketing promotionnel et de la communication publicitaire) mais certainement pas une “vraie innovation” (sic). Et parmi les secteurs évoqués où l’innovation était jugée impossible, celui de l’électroménager revenait systématiquement.

Continue reading Toutes les industries sont-elles égales devant l’innovation ?