Innovation de modèle économique

En note de la journée, voici la présentation qui a servi de support à une belle discussion avec l’équipe de Méditerranée Technologies à Marseille ce matin sur les différences d’approche entre innovation technologique et innovation de modèle économique (ou de business model) :

En complément, je trouve utile de citer deux Prix Nobel récents :

“La restriction à l’utilisation (du) savoir, soit le système de la propriété intellectuelle, est inefficace”, Joseph STIGLITZ.

“Octet après octet, tout ce qui peut-être numérisé sera numérisé, rendant la propriété intellectuelle toujours plus facile à copier et toujours plus difficile à vendre (…) Et nous devrons trouver les modèles économiques et les modèles d’affaires qui prennent cette réalité en compte”, Paul KRUGMAN.

Archiduchesse : le pari du mono-produit

Il y a quelques temps en travaillant sur la question de “quelle est votre véritable valeur ajoutée sur le marché ?”, nous avions considéré avec certains clients plusieurs sites internet vendant un produit unique. Non pas qu’ils soient les meilleurs représentatifs d’une forte valeur ajoutée, mais ils sont un support de réflexion rapides, accessibles et faciles à cerner en terme de business model.

Il y a quelques temps en travaillant sur la question de “quelle est votre véritable valeur ajoutée sur le marché ?”, nous avions considéré avec certains clients plusieurs sites internet vendant un produit unique. Non pas qu’ils soient les meilleurs représentatifs d’une forte valeur ajoutée, mais ils sont un support de réflexion rapides, accessibles et faciles à cerner en terme de business model.

Nous avions d’ailleurs dans le blog jeté un œil à Bento&co, spécialiste de l’importation des boîtes japonaises à bento. Aujourd’hui je vous propose de regarder du côté d’Archiduchesse. Un site ayant un seul produit : une chaussette française en coton et en couleur unie. Plus mono-produit que cela, j’avoue que je ne connais pas : pas de variation de matière, pas de texture ou de motif. Basée à Saint-Étienne la petite entreprise a une échoppe de quartier modeste et élégante.

De la même façon que Bento&co la valeur ajoutée recherchée est clairement sur la possibilité offerte au client de retrouver un produit simple, fabriqué traditionnellement en France, bien teinté, et probablement fort durable. En regard d’un achat à la va-vite d’un pack de 15 paires en sortie de caisse, on vous propose sur un site chaleureux et fort peu prétentieux, de choisir exactement la nuance de couleur que vous voulez. Et l’on imagine Patrice, le patron, vous emballer amoureusement les paires dans du papier craft.

En revanche et contrairement aux boîtes japonaises, le problème de positionnement n’est pas si évidemment. Apporter une dimension significativement plus riche à la chaussette en tant que produit et en la ramenant à ses qualités essentielles est une gageure. Patrice d’ailleurs dans son blog ne s’en cache pas et cherche encore la formule magique. La discussion avec ses clients est d’ailleurs édifiante, et on comprend vite que ceux-ci ne peuvent pas lui fournir de réponse claire. Faut-il rajouter de nouvelles options dans les chaussettes (tailles, coupes, matières, motifs) ? De nouveaux accessoires (relancer la pince-à-chaussette) ? Des signatures de designers (Starck) ?

Mon côté un peu provocateur prenant rapidement le dessus, je dirais qu’Archiduchesse partage aujourd’hui la logique d’une boutique en ligne de commerce équitable. Sauf qu’il ne s’agit pas de producteurs de café brésilien dont il s’agit, mais de PME de zones rurales françaises. Pourquoi ne pas aller au bout de cette logique ? Dans la mesure où Patrice défend le “made in France” et qu’il a au lancement de son site expliqué en détail le processus de fabrication, les premiers échantillons, la livraison du stock à la première commande etc. Pourquoi ne pas sélectionner une demi-douzaine de fabriquants et indiquer sur les emballages de chaussettes la provenance exacte (fabriqué par la Sodipar à Missieux, Dordogne à partir de coton provenant de …) ? Pourquoi ne pas avoir une page sur le site présentant chaque fabriquant, avec une photo de famille devant l’usine ?

Mon propos n’est pas de faire une étude de cas ou un diagnostic sérieux. Je ne connais pas directement Patrice et au-travers de son blog on s’aperçoit vite que c’est un entrepreneur habile et créatif. Mais dans l’absolu son aventure est un très bon support de réflexion à cette élusive notion de valeur ajoutée : qu’échange-t’on réellement au travers des produits vendus ?

Comment concevoir son business model personnel 1/2

Ce premier article s’inscrit dans une série destinée à vous faire réfléchir à quel type d’entrepreneur vous êtes, et comment vous pouvez construire une entreprise qui convienne. Et de fait, quand je travaille avec un entrepreneur sur la stratégie de son entreprise, la première question que je pose est toujours la même : quels sont vos projets personnels ?

Ce premier article s’inscrit dans une série destinée à vous faire réfléchir à quel type d’entrepreneur vous êtes, et comment vous pouvez construire une entreprise qui convienne. Et de fait, quand je travaille avec un entrepreneur sur la stratégie de son entreprise, la première question que je pose est toujours la même : quels sont vos projets personnels ?

Pour une TPE / PME il ne faut pas se leurrer : le projet de vie, les priorités personnelles, la disponibilité, les contraintes familiales du dirigeant… sont ce qui structure 80% de la stratégie d’une entreprise. Il est donc crucial de les explorer le plus tôt possible ouvertement et sans tabou. Mais il n’est pas si facile d’exprimer ces réalités. Une manière d’aborder ce travail est de décrire comment on souhaiterait idéalement allouer son temps parmi 6 grands types d’activités :

  1. Se détendre et se reposer : le temps que vous consacrez à votre famille, vos amis et vos loisirs.
  2. Apprendre et réfléchir : le temps alloué à vous former et à prendre des décisions pour le moyen et le long terme.
  3. Communiquer et réseauter : les activités commerciales ou non, qui vous font connaître.
  4. Former et motiver : le temps consacré à transmettre du savoir à vos clients, équipes, réseaux. Ils peuvent dans certains cas générer de la facturation.
  5. Créer et produire : les moments directement liés à l’exercice de voter métier. Ils conduisent généralement à de la facturation, mais pas systématiquement.
  6. Administrer et contrôler : les moments de gestion interne de votre activité, avec vos associés, employés, votre comptable ou avocat.

Que vous calculiez en nombre d’heures par semaine, jours par mois ou autre, vous obtiendrez un schéma de ce type :

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Il s’agit vous l’aurez deviné de mon activité de consultant, formateur et chef d’entreprise pendant un mois standard. Si nous le lisons ensemble vous verrez que j’accorde une priorité certaine à ma vie personnelle : 6. Se détendre et se reposer. L’une des raisons pour lesquelles j’ai créé mon activité est que je suis efficace dans mon temps de travail. Étant mon propre patron, il m’est plus facile de profiter du temps que je me crée en finissant un travail en une demi-journée plutôt qu’une journée complète. Attention à bien être honnête à ce sujet. Nous avons tous tendance à nous présenter comme des bourreaux de travail. Mais nous savons que nous parlons surtout de ces quelques journées dans le mois où nous avons dû travailler 16 ou 18h, en oubliant les journées plus légères, et en oubliant surtout que ces grosses journées étaient le résultat d’une très mauvaise organisation.

5. Créer et produire et 3. Former et transmettre marchent plutôt de pair, y compris dans une certaine mesure avec 2. Communiquer et réseauter. Ma “production” au sens fordien du terme est du conseil et de la formation. Je facture donc dans les temps 5. et 3. Et les formations que je réalise sont aussi des espaces intenses de communication, qui se recoupent donc avec les temps en 2. En revanche une partie de mon temps en 5. Créer et produire, est du temps de préparation qui généralement n’est pas facturé. Typiquement pour une journée de formation livrée, je passe deux jours de préparation. C’est beaucoup, mais c’est un standard de qualité.

La partie 2. Communiquer et réseauter stricte reste tout de même importante. Rencontrer des gens, participer à des groupes de réflexion, croiser des entrepreneurs… tout cela est une activité de préparation commerciale indispensable. Dans une activité de conseil en stratégie il n’est guère possible de toucher des clients avec un mailing. Il faut donc acquérir une bonne visibilité. Cela veut dire investir du temps pour construire un réseau étendu et solide.

4. Apprendre et réfléchir et pour moi aussi un peu particulier : exerçant l’activité que j’ai choisie, exercer de la veille, développer mes outils, échanger avec d’autres professionnels… Tout cela n’est pas loin de mon temps de loisir personnel ! C’est en tout cas une part de temps importante qui est nécessaire pour rester aiguisé et pertinent dans mes actions de conseil.

Enfin le temps passé à 1. Administrer et motiver est le plus réduit possible. Je n’ai pas à motiver d’équipe, ni Stéphanie mon associée, et le travail de gestion d’une SARL comme la notre, bien que réel et parfois trop présent, reste modeste.

Qu’en est-il pour vous ? Comment tronçonnez-vous vos activités et vos priorités sont-elles en phase avec la réalité ?

Innovation d’usage en location automobile

Dans un billet du mois de Mai dernier j’évoquais la notion de granularité en innovation de business model. Je suis heureux de constater que j’ai été pris au mot par Europcar qui innove dans son approche de la location de voiture, et qui comme je l’évoquais offre maintenant un service ouvert (certains parlait d’experience marketing), et non plus simplement du kilomètre en location.

Le nouveau service d’Europcar s’intitule Autoliberté. Il propose pour une famille de décrire sa consommation en terme de transport : 15 jours par mois avec une citadine, 2 jours par mois avec un monospace, etc… et d’indiquer les services associés qui seront pris en charge comme le lavage ou le parking. A partir de là le loueur pour un forfait mensuel offre l’usage demandé au client.

Je pense que ce type de révolution progressive commence à avoir un impact certain, relayé dans le grand public par le matraquage quotidien sur “la crise”. Dans tous les cas ce type d’offre se dégageant de plus en plus de la valorisation d’un produit ou d’un temps d’usage, pour se concentrer sur le besoin global du client est à suivre de près.

Notes, slides et photos de LIFT 2009 au Pharo

Pour ceux qui n’ont pas pu participer à la journée de conférence aujourd’hui, voici mes notes. Je ne pense pas qu’elles soient très lisibles, mais elles pourront vous amuser…

Pour ceux qui n’ont pas pu participer à la journée de conférence aujourd’hui, voici mes notes. Je ne pense pas qu’elles soient très lisibles, mais elles pourront vous amuser…

Je reviendrai probablement dans de prochaines billets sur quelques points clefs de ces conférences, sur l’internet des objets et les pistes ouvertes pour l’innovation de business model. Voici aussi la présentation de Alexandra Deschamps-Sosino (Tinker It!) que j’ai particulièrement appréciée, dans la mesure où elle a illustré de façon claire un exemple de nouveau modèle économique lié à l’invention open source, à sa propagation et à son appropriation.

En revanche lors de cette première journée, nous sommes restés ancrés dans la R&D et la créativité technique d’une façon ou d’une autre. Comme trop souvent l’innovation n’est conceptualisée que comme une invention et parfois l’usage de cette invention. Le thème de l’internet des objets était au coeur de la plupart des présentations. Je me doute que la plupart d’entre vous qui ne sont pas extrêmement technophiles n’ont aucune idée de ce que peut être un internet des objets.

A vrai dire j’ai eu l’impression durant LIFT que personne ne parlait non plus de la même chose…

Le point commun semblant être de vouloir croire à l’apparition plus ou moins spontanée d’un réseau d’objets divers (cartes de bus, capteurs dans les villes, téléphones mobiles, électroménager, que sais-je) reliés à internet et échangeant des informations spontanément, dans un flux se nourrissant de son hétérogénéité. Mon ton quelque peu sceptique ne concerne pas l’intérêt qu’un tel réseau physique pourrait avoir, ni même sa faisabilité. Mais il m’a semblé que nous étions dans une démarche technophile classique : de nouvelles technologies sont là (capteurs miniaturisés de faibles coûts, étiquette RFID cherchant toujours des débouchés industriels, standard bluetooth sous-utilisé, …) sans qu’aucun usage évident n’exige leur utilisation. Dès lors tout le monde semble chercher à remplir ce vide d’usage en cherchant à créer des besoins.

On peut considérer que c’est là une démarche de prospective normale, mais elle semble extrêmement vaine et futile dès lors qu’elle n’a pour vocation que de pousser à consommer un nouveau cycle technologique que finalement personne ne demande, ni n’attends. En parallèle je n’ai vu absolument aucune recherche sur des sujets pourtant critiques et d’actualités, comme la gestion de dossiers médicaux ou le triage de patients en structure de soins et leur suivi en hospitalisation à domicile ! Il me semble pourtant que dans cet exemple précis (et l’on doit pouvoir en trouver de nombreux autres) un internet des objets permettrait des changements d’usage et de vie radicaux.

La deuxième journée axée sur le développement durable a été finalement moins fade et “bien pensante” que ce que l’on aurait pu attendre pour ce type de sujet. Avec en particulier un très provocateur Gunter Pauli, démontrant que beaucoup de principes techniques acquis pouvaient être balayés en très peu de temps et annihiler des secteurs industriels entiers. Un exemple frappant concernait l’utilisation de films fins conducteurs et de capteurs d’énergie cinétique ou thermique à la place de piles, pour les batteries de téléphones portables. L’intérêt étant de faire entrevoir la fragilité de business models majeurs : que se passe-t’il le jour où nous n’avons plus besoin de recharger de piles ? Combien d’industries s’écroulent en cascade une fois ce simple paradigme tombé ?

Et pour finir voici quelques photos prisent par Ivo Näpfiln de ces quelques jours :

La fin de la presse écrite ?

J’ai déjà évoqué dans un précédent article la période critique que vit l’industrie de la presse papier. La surimposition de sources multiples d’informations provenant d’internet (podcasts, blogs, flux rss, newsletters, tweets), ainsi que la concurrence endogène des journaux eux-mêmes présents en ligne, rend de plus en plus obsolète le format papier. Ou si l’on souhaite ne pas encore parler d’obsolescence, à tout le moins, le support papier a de plus en plus un rôle de niche. La majorité des informations ne valant que par leur fraîcheur ou leur rapidité de diffusion, qui souhaite encore attendre la publication figée d’un mensuel, d’un hebdomadaire, voire d’un quotidien ?

Or les divers journaux qui ont techniquement bien réussis leur passage sur la toile, se trouvent en bute à l’absence de réel business model sur ce support. Jusqu’à présent les ventes de l’édition papier finançaient l’aventure internet. Mais aujourd’hui de plus en plus, seule la version internet devrait pouvoir subsister. Comment dans ce cas monétiser cette version jusqu’à présent parfaitement gratuite ?

Plusieurs idées sont dans l’air du temps, sans qu’un modèle n’ait définitivement pris le dessus. Essayons de les lister (en me pardonnant par avance les barbarismes que je vais introduire) :

L’informécialisation

Les revenus des journaux sur le web n’existent aujourd’hui que par la publicité. Soit sous la forme de bandeaux et d’encarts plus ou moins intelligemment associés au texte que vous lisez : comme avec des offres spéciales constructeurs apparaissant juxtaposées à la section auto du journal que vous lisez. Soit sous la forme de publi-rédactionnels (“infomercials”), qui vantent les méritent d’un produit en le passant en revue de façon détaillée. Ces publi-rédactionnels plus ou moins assumés et plus ou moins objectifs, sont la pierre angulaire de la plupart des blogs technologiques aujourd’hui, et ne font que perpétuer les usages de la presse papier en la matière.

Injecter de plus en plus de publicité, distincte ou non de l’information, sera dans tous les cas une tendance de fonds pour tous les journaux en ligne. C’est clairement le seul modèle de monétisation qui sous l’impulsion de Google a démontré son efficacité. Le risque évident étant que le contenu journalistique soit réduit à des dépêches AFP ou Reuters, comme dans le cas des journaux gratuits distribués le matin aux entrées de métros.

La propagation

Sous l’impulsion du Guardian UK certains journaux libèrent leurs contenu de tout droit, afin de permettre leur diffusion la plus large. En échange ils s’assurent que leurs articles copié-collés partout ailleurs, restent associés à une publicité d’un de leurs sponsors. La stratégie est ici un peu plus subtile bien que reposant sur le même biais de monétisation publicitaire. En revanche il est ouvertement tiré parti de l’incroyable vitesse de propagation des contenus au dépend de la propriéré intelectuelle. Cette propagation est facilitée, encouragée, au prix unique d’une capsule publicitaire.

La communautarisation

L’option opposée serait que les “grands” journaux soient financés par des donations communautaires, d’institutions publiques, para-publiques, par des groupes d’influence privés, ou des associations caritatives. Il s’agirait de maintenir en vie une forme de service public communautaire, certes sous l’influence de la source de financement (mais quel journal papier en France ou à l’étranger n’est pas coloré par un courant de pensée ?), mais dégagé de toute autre sorte d’influence. La pression d’un audimat publicitaire deviendrait ainsi moins pressant, voire complètement absent.

Cela serait aussi entériner une sorte de défaite intellectuelle : la reconnaissance qu’il n’y aurait plus de lecteurs prêts à payer une information de qualité, et que le seul moyen de la diffuser ne serait plus que de l’offrir.

La micro-segmentation

Une troisième voie est de tirer parti de la flexibilité des outils web pour proposer une information complètement personnalisée. Time Magazine propose ainsi une offre qui permet à partir d’une base de revues existantes de créer son propre cocktail de news, dont la rémunération est générée par des micropaiements.

La question sera de savoir si ce type de journaux pourra battre les agrégateurs de news, blogs et autres formes de média internet à leur propre jeux ?

30 Min sur l’innovation de business model

Comme annoncé le mardi 14 avril je présente un rapide tour de ce qu’est l’innovation de business model, pour les membres et les partenaires du Technopôle de Château-Gombert… Cette présentation a lieu de 12:00 à 14:00 (un buffet est proposé) et vous pouvez vous inscrire ici. Deux entreprises hébergées dans la pépinière seront par ailleurs présentées : Atriwan et CD Concept. Continue reading “30 Min sur l’innovation de business model”

Innovation de service chez Air France

Le secteur du transport aérien grand public se révèle passionnant depuis plusieurs années en raison de la course à la survie qu’il représente. D’un côté nous avons un ensemble de petites compagnies de plus en plus regroupées, et qui ont inventé le Low-Cost aérien après que le secteur ait été dérèglementé en 1990. Ryanair en 1991, puis Easyjet en 1995 sont devenus les modèles de cette révolution, reposant sur une pure innovation de business model qui n’aura nécessité aucun avantage technologique particulier.

Passé les années 90 le secteur est redevenu relativement calme. Un status quo a été reconstruit sur de nouvelles bases : les compagnies Low-Cost sont un business model efficace et reconnu, et les majors ont quand lancé leur propre filiale Low-Cost pour investir ce segment de marché.

Mais depuis 2005/2006 il est possible de suivre tout un faisceau de nouvelles approches lancées cette fois-ci par les majors, et visant à changer l’environnement du passager. Je pense personnellement que la concurrence Air France / TGV en France a été un facteur décisif pour relancer ces réflexions. Quel est la cadre qui ne s’est pas demandé quel avantage il avait à prendre une navette Marseille / Paris, qui bien que plus rapide que le TGV, allait lui demander de survivre à un parcours du combattant globalement désagréable, passant par le choix d’un parking adapté à l’aéroport, la validation de son billet classique ou électronique, la jauge de son encombrement bagage cabine (des livres entiers pourraient être écris sur le sujet), le passage des portiques en chaussettes et sans ceinture, etc. Et je ne parle pas du cauchemar que peut devenir l’idée saugrenue de vouloir réellement transporter des échantillons volumineux pour une réunion de vente, et de devoir les faire voyager en soute…

Le fait est que de nombreuses compagnies aériennes, dont Air France, finissent par faire émerger des solutions extrêmement satisfaisantes pour améliorer les conditions d’accueil et de prise en charge de leurs passagers.

De façon assez peu visible tout d’abord, Air France et KLM ont installés fin 2008 trente portiques RFID (IDentification Radio-Fréquence) pour leurs escales internationales. Plus de 8.000 containers à bagage ou matériels logistiques ont été ainsi taggés, pour permettre leur suivi sans contact au travers des portails de détection. Bien que le déploiement soit encore en cours, et qu’il ne concerne qu’une partie du transit bagage, il est important de constater que le transport aérien rattrape un gros retard en technologie logistique.

Ce rattrapage commence aussi à apparaître à titre expérimental avec la gestion des bagages passagers eux aussi taggés avec des étiquettes RFID. L’intérêt pour le passager étant d’avoir à la fois plus de rapidité et de fiabilité dans la gestion de son bagage, mais aussi de pouvoir suivre le tri de celui-ci et de le réceptionner plus rapidement. Les aéroports de Las Vegas, Amsterdam, Hong-Kong, Milan et Lisbonne sont déjà équipés de cette technologie. Paris-Charles de Gaulle est en démarrage avec son terminal 2C…

Un autre axe pour améliorer la prise en charge du voyageur est la gestion de l’accès à l’avion.(la phase de “boarding”). S’appuyant sur l’utilisation de plus en plus généralisée de téléphones mobiles avec de larges écrans, Air France et KLM commencent à utiliser cette avancée technique générale. Par extension du principe de la carte d’embarquement électronique que vous imprimiez jusqu’à présent, vous pourrez dorénavant utiliser un SMS, MMS ou un email, présenté directement sur votre mobile. Et tant qu’à faire, ce nouveau billet électronique pourra être réservé aussi directement à partir de votre mobile, pour à terme faire disparaître les 13.000 cartes d’embarquement papier imprimées chaque jour par Air France :

Enfin la dernière avancée en cours que nous espérons voir se concrétiser avant 2010, est la possibilité de se connecter à internet et à son mobile en vol, grâce à  des relais satellites en vol. Les tests sur A318 ont été concluants, et il risque de devenir enfin possible de réellement travailler en vol, comme dans un TGV… Avec malheureusement aussi le danger de devoir subir les conversations téléphoniques de votre voisin de siège (“oui nous venons de décoller”, “là on est un peu secoué”, “on ne va pas tarder à atterrir”, “je te rappelle de l’hôtel”, etc). Le temps où nous devions éteindre nos iPods en vol pour de mystérieuses raisons technico-magiques est-il révolu ?

En conclusion, et sous un angle plus théorique qu’anecdotique, les compagnies aériennes sont en train de réduire leur friction client. Il ne s’agit pas en effet de baisser les barrières d’entrée au voyage par avion. Cela a été le rôle des Low-Costs : permettre pour le prix d’un voyage en bus d’aller d’en une capitale européenne. Il s’agit maintenant de cibler les utilisateurs intensifs, professionnels, et de leur livrer une expérience de voyage plus fluide, dépourvue des habituels goulets d’étranglements. Je reste tout de même un peu surpris que ce travail ne soit pas encore réellement systématique, et que par exemple bien peu soit encore fait autour de l’entrée et la sortie de l’aéroport lui-même. Quand profiterons-nous aussi d’innovations de service pour garer notre véhicule et le récupérer dans la foulée de notre arrivée et de notre départ, comme commencent à le proposer des compagnies privées ?

Le mobile redevient manifestement un terrain de bataille important. L’innovation technique reste très modérée maintenant que les smartphones ont été poussés avec obstination vers le grand public, et que le consommateur moyen est capable d’afficher des images de bonnes qualité et de réceptionner de la 3G voire 3G+. Je me rappelle qu’il y en a encore deux ans, un de mes amis lançait le service Geogini en Asie, pour permettre aux occidentaux de recevoir sur leur mobile l’adresse d’une destination transcrite en mandarin, pour communiquer avec les chauffeurs de taxi. Tous les voyageurs qui sont passés par la Chine comprendront l’intérêt majeur de ce service extrêmement spécifique. Or en 2007, le principal problème était la capacité d’affichage très hétérogène des téléphones mobiles… Problème qui disparaît aujourd’hui.

Comme je l’explique souvent, c’est maintenant que cette bataille technologique a été remportée par d’autres qu’il est possible pour tout le monde d’en profiter. Le marché japonais beaucoup plus technophile dans ce domaine montre la voie depuis plusieurs années : de nombreux modèles de paiements, d’identification, de réservation de services etc. sont massivement diffusés sur les téléphones. L’iPhone lui-même devenant un terminal de paiement…

Prévoir une stratégie de communication ou de diffusion de service avec ses clients, en utilisant leur mobile devient donc réaliste et économiquement viable. Où en êtes-vous sur ce terrain ?