Comment Twitter innove son business model

Depuis son lancement en 2006, Twitter est un outil social difficile à expliquer au néophyte. Et si vous ne l’avez jamais utilisé, observez-moi avec attention ne même pas essayer de le faire. Ceci étant Twitter est un vrai succès dans l’univers brutal du web 2.0. Avec plus de 140 millions d’utilisateurs et 340 millions de tweets quotidiens, Twitter a grignoté une place confortable dans l’ombre de Facebook, rendant des services insoupçonnables à son lancement.

Si je cherche à analyser sa valeur ajoutée en ce qui me concerne, Twitter est devenu un outil central dans la résolution de quatre problèmes :

  • Faire de la veille sur des sujets pointus sans avoir à monter une usine à gaz ;
  • Contacter des personnes intéressantes rapidement et sans être envahissant ;
  • Interagir à distance de façon rapide et légère (moins intrusif que le mobile ou le SMS, moins lourd que le mail) et mettons-le dans ce panier, suivre à distance des évènements ;
  • Et finalement, suivre la propagation d’une nouvelle information avant que tout autre média l’ai encore captée.

Sur ce dernier point, la recherche s’empare d’ailleurs maintenant de Twitter pour faire du suivi épidémiologique :

La montée en puissance rapide de twitter s’est faite jusqu’à présent par une politique d’ouverture remarquable. Le site social était finalement une super API (une brique logicielle servant à interfacer des programmes entre eux) utilisée par de nombreux développeurs pour proposer leur version personnelle de Twitter. A tel point que le site web de Twitter a toujours été considéré comme une démo, plus l’endroit où réellement utiliser le site social. Tweetie de la société atebits aura probablement été l’un des plus marquants, racheté depuis par Twitter et ayant inventé au préalable le maintenant célèbre “pull to refresh” :

Bien qu’annoncé depuis déjà assez longtemps, depuis quelques mois Twitter opère maintenant une reprise en main très marquée. Sans être technique le site a commencé à établir des limites très fortes au nombre d’utilisateurs que pourront gérer des clients tierce-partie, ou le volume et la fréquence des flux de tweets qu’ils pourront gérer. Une façon claire de stopper dans son élan les développeurs externes qui ont permis de bâtir une masse critique d’utilisateurs enthousiastes et de refaire venir ces utilisateurs vers le site web et l’application mobile officielle.

Très honnêtement cela ne me scandalise guère. Il serait assez naïf de penser qu’une entreprise comme Twitter soit pilotée comme Médecin Sans Frontière. On sait donc à quoi on s’engage en chevauchant un tigre. En étant un utilisateur je peux même me réjouir de l’effort que doit finalement maintenant l’équipe de développeurs internes de Twitter pour se mettre à niveau et proposer de nouvelles fonctionnalités cruellement manquantes jusqu’à présent. Et le fait de se remettre au centre de la discussion avec les utilisateurs est le meilleur moyen de le faire (au lieu d’utilisateurs je devrais parler de “clients non-payants”, mais ce sera l’objet d’un autre article) .

Nous avons ainsi maintenant une très efficace et belle fonction d’intégration des tweets dans un site web, qui peut présager d’évolutions vers un site de plus en plus social :

Mais surtout des ballons d’essais très significatifs sur ce que pourrait devenir Twitter s’il se mettait à devenir une plate-forme de visualisation de l’information mondiale :

Et bien entendu, le livrable final dans ce cas de figure est un indice de popularité instantané :

Dès lors que Twitter recapte maintenant tous les utilisateurs directement dans son écosystème, il va être intéressant de suivre quelle direction ils vont finalement privilégier :

(1) Un site social cherchant à concurrencer Facebook sur son propre terrain : la vie de tous les jours et les échanges du quotidien pour le grand public avec plus de photos, plus de façons simples de regrouper ses amis et peut-être bientôt des cercles à la Google+ ?

(2) Ou, et c’est différent, un site de diffusion et d’analyse de l’information mondiale orienté vers la data-mining et la visualisation des données, pour concurrencer la recherche de Google qui pointe de façon “neutre” (il y aurait évidemment beaucoup à dire) vers des résultats, en proposant au contraire une interprétation de notre monde ?

Dans les deux cas Twitter semble avoir une place à prendre. Mais les modèles économiques seraient probablement très différents.

L’option (1) est celle d’un Twitter hyper-social étendant son emprise vers le grand public (le B2C) et attaquant certes facebook mais aussi pourquoi pas, le SMS ou même le courrier électronique. Dans ce cas il est certain que nous voyions fleurir de plus en plus de liens sponsorisés, de services dédiés aux marques, de propositions de remises sur des opérations commerciales, etc :

L’option (2) serait plutôt de celle d’un Twitter nouveau média, capable de donner avant tout le monde une vision du monde et de la société dans toutes ses dimensions : sociale, économique, commerciale, politique, artistique, etc. Sans enlever la possibilité de monétiser des liens sponsorisés, l’étendu d’un tel service permettrait alors d’aller concurrencer avec énormément de pertinence Reuters, les instituts de sondage, mais aussi IBM, Gartner, et autres cabinets de conseil. L’approche vers les entreprises (B2B) serait certainement très rémunératrice.

Cette courte discussion sur l’avenir de Twitter pointe bien notre vision de l’innovation au  travers du business model et la façon dont son approche ne doit pas concerner la dimension technologique de façon très privilégiée. L’avenir de Twitter se pilote en organisant son écosystème, sa stratégie de monétisation, mais surtout sur une vision de sa valeur ajoutée qui décidera au final de son orientation finale.

Bien entendu si tout cela en tant que client non-payant de Twitter vous cause quelque gêne que ce soit, vous pouvez toujours vous tourner vers App.net qui reprend à son compte ce que beaucoup attendaient de Twitter :  un service de micro-blogging ouvert et neutre pour les professionnels de la technologie (non, je n’ai pas dit geeks). Les engagements de App.net sont en tout cas clairs : “Nous vendons notre produit, PAS nos utilisateurs” et “Vous êtes propriétaires de votre contenu”.

Mais si nous parlons de valeur ajoutée, êtes-vous prêts à payer ne serait-ce que 36$ par an pour gagner cette bataille dans guerre de la neutralité d’internet ?