Trois pistes pour les organismes d’accompagnement à l’innovation en panne d’idées

Beaucoup d’organismes que je côtoie (pôles de compétitivité, incubateurs, pépinières, fonds d’investissements privés ou de grands groupes, …) me disent depuis presqu’un an, qu’ils sont en panne d’idée pour aborder l’innovation différemment. Dans la mesure où je persiste à penser que les idées ne valent rien (qu’elles soient banales ou excellentes), en voici trois des miennes sur lesquelles je reviens de plus en plus… Vous en ferez ce que vous voudrez :

1. Une plate-forme d’exploration marché active pour les grands groupes

L’idée : Traiter l’intrapreneuriat sous un angle très précis en expliquant à des grands groupes que la meilleure façon de comprendre un nouveau marché c’est de lancer un produit sur ce marché et de voir comment cela va retomber et se développer.

En pratique : Faire de l’intrapreneuriat dans un grand groupe est souvent lié à une idée fantasmatique. Celle que l’on va trouver de nouveaux produits innovants en adoptant des méthodes de travail “agile” en mode “startup”. En réalité très peu de produits conçus dans un incubateur interne parviennent sur le marché (lisez : un tous les deux ou trois ans). Par contre ce processus permet aux équipes d’acquérir systématiquement une vision beaucoup plus réactive et réaliste du marché. Ces connaissances sont plus ou moins bien recyclées ensuite dans les business units. Sautons donc le pas et focalisant le travail de ce type d’incubateurs sur la livraison de plans marketing efficaces pour le reste des BUs.

Qui peut le faire : Dans un monde idéal, des pôles de compétitivité, ou une école de management travaillant avec une école d’ingénieur et/ou de design pour le prototypage.

Difficulté :  8/10 – Être capable de comprendre à la fois la culture d’un grand groupe et le fonctionnement de la startup , puis de faire le lien entre les deux et très compliqué. D’autant que la culture marketing des grands groupes est généralement nulle (on n’y trouve essentiellement des “chefs de produits” montés en épingle qui fonds du push de spécifications, sans trop se poser de questions, puisque de toute façon ils ne sont pas invités aux réunions stratégiques).

Pourquoi Merkapt ne le fait pas : Nous le faisons régulièrement, mais il serait possible de mieux le généraliser (auquel cas cela deviendrait un travail à plein temps).

2. Une plate-forme de réinvention d’activités économiques traditionnelles et vieillissantes

L’idée : Traiter les problèmes d’activités importantes mais devenues (ou devenant) obsolètes face aux montées technologiques, en faisant éclore des startups changeant radicalement leur modèle économique.

En pratique : On parle des journaux, du livre, des taxis, des agences immobilières, etc. En partant d’une problématique “les journaux ne se vendent plus”, on propose trois étapes : (a) Recherche / enquête marché classique avec des entreprises concernées et définition de problèmes critiques ; (b) Phase d’idéation avec un groupe d’entreprise en mode innovation de business model et définition de nouveaux scénarios ; (c) Mise en action en projet agile, prototypage avec certaines de ces entreprises, ou par des aides ciblées à de nouvelles startups.

Qui peut le faire : Des réseaux d’incubateurs avec l’Europe (la dimension multi-culturelle de ces business classiques serait intéressante). Dans un monde idéal des syndicats professionnels seraient de la partie (et pas que pour piquer des subventions à l’Europe pour changer).

Difficulté :  5/10 – Assez accessible pour peu que l’on ait une méthodologie et des outils capables de faire de l’innovation de business model de façon pratique, sans simplement faire du brassage d’idées.

Pourquoi Merkapt ne le fait pas : Une approche solide pour une activité entière (la presse papier) demanderait l’engagement d’un vaste réseau de travail. Nos projets ne nous ont pas conduit dans cette perspective pour l’instant, même si nous traitons très souvent de l’innovation de business model pour des activités classiques (y compris en 2011 pour de la restauration !).

3. Un accélérateur de startups basé sur des projets “me too”

L’idée : Plutôt que de chercher la nouvelle formule magique à laquelle personne n’avait jamais pensé, pour lancer des startups, on se “contente” de voir les idées qui ont pris leur essor depuis 12-18 mois aux US et l’on duplique en version locale ou européenne.

En pratique : Mais c’est amoral et probablement illégal ? Ni l’un, ni l’autre pour peu que l’on soit sérieux. Les US sont un laboratoire de l’innovation très actif. D’un point de vue Darwinien, une sélection naturelle se fait là-bas de façon féroce. Les projets qui survivent  là-bas n’ont généralement aucune envie, ni aucun besoin de venir sur le vieux continent. On ne parle évidemment pas de tout les types de startups. Celles dont les projets dont l’IP va être dure (essentiellement tout ce qui est hardware), ou  tout ce qui est site social (trop d’investissement et la version US sera toujours plus pertinente in fine) seront exclues. On vise plutôt ce qui est e-boutiques, médias et services B2B ou B2C. Le travail de réinvention en mode local va être énorme et très fin. Par contre la capacité en financement sera nettement meilleure.

Difficulté : 2/10 – Parfaitement accessible pour de nombreux organismes, pour peu que l’on sache gérer de la propriété intellectuelle. Cela tombe bien, c’est l’une des seules choses que l’on sache régulièrement bien faire grâce (à cause de ?) notre culture d’ingénieurs, aux effets d’opportunité liés au statut de JEI et à la pression générale d’OSEO.

Pourquoi Merkapt ne le fait pas : C’est un mode de travail que j’ai régulièrement depuis deux ans pour des Masters innovation / entrepreneuriat dans lesquels j’enseigne. Sur l’équivalent d’une semaine nous apprenons à faire de la recherche marché, comprendre le business model d’une startup et on s’amuse à la réinventer en mode “local” (Paris, Londres ou Shanghai) : Taskrabbit pour la région lyonnaise ou grenobloise cela devient quoi ?  Si l’on refait AirBnB uniquement pour l’hexagone, comment l’adapte t’on ? Un bel exercice didactique, mais nous n’allons pas plus loin aujourd’hui ( je ne pilote pas de fonds d’investissement, ni ne dirige d’incubateur…).

Encore une fois ces idées ne valent rien.

Rien, tant qu’elles ne sont pas mises en oeuvre dans la réalité. Vous vous doutez bien que si vous souhaitez en discuter de façon plus précise, je me ferais un plaisir de me rendre disponible. : )

 

Author: Philippe

Philippe has been training 200-300 startups a year since 2007, consulted for dozens of multinationals on rupture innovation or corporate incubation, and was directly involved in more than 150 startups building their market fit and scaling up their business. He also teaches business model innovation in key MBA programs whether they are in Paris or Shanghai. And since 2017, Philippe is now living in Amsterdam, one of the best European business hub around.

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