CES 2012 : Leaving Las Vegas

Le CES 2012 est terminé à Las Vegas et comme depuis plusieurs années cela a été un non-événement. Des milliers d’entreprises high-tech comprimées dans des halls interminables, des démos de produits qui dans 90% ne verront jamais le jour et une frénésie brownienne finalement bien inutile. Le CES a probablement le mérite de démontrer une fois par an l’inanité de l’industrie technologique grand publique : après le pari de la TV 3D qui ne rencontre toujours pas de marché, après l’agitation désespérée pour sortir des tablettes, 2012 aura été encore plus marquante : rentrez chez vous, il n’y a plus rien à l’horizon.

Si j’essaye de rester positif, je parviens tout de même à trouver une technologie un peu intéressante dans tout ce qui a été étalé. Cette technologie vient de Samsung, qui quand ils ne sont pas occupés à être en procès avec Apple après avoir copié le dernier iPhone, semblent encore un peu se creuser la cervelle. Depuis quelques temps donc, Samsung pousse une technologie d’écrans transparents. Et cela fait plusieurs mois que je suis leurs efforts, jusqu’à présent au travers d’ordinateurs portables tous plus improbables les uns que les autres, dont l’écran était une sorte de plaque de verre affichant interface et fenêtres. Je ne sais pas vous, mais contrairement aux ingénieurs de Samsung, il m’est arrivé de travailler plus de 10 min face à un écran et j’ai du mal à croire qu’il y a le moindre intérêt à avoir un écran transparent sur un ordinateur.

 

En résumé : vous pouvez afficher des informations sur votre fenêtre qui se comporte comme un écran intérieur (la face extérieure ne fait pas apparaître ces informations) et vous pouvez l’opacifier à volonté. Technologiquement cela devient un peu plus excitant qu’un laptop dont l’ergonomie visuelle est horriblement massacrée. Mais la question à plusieurs millions de dollars reste tout de même : “à quoi cela sert-il ?”. Au final, une grande entreprise présente un produit beaucoup plus mal qu’une startup de plus de 6 mois d’existence, sans donner aucune idée précise du problème traité, du bénéfice rendu par ce produit et de la cible marché.

J’ai du mal à ne pas m’énerver face à ce type de gâchis…

Prenons d’ailleurs l’un des exemples présentés dans cette vidéo : afficher la météo avec un widget. Je vais tout d’abord essayer d’abstraire le fait qu’ils n’ont même pas été capables de programmer un widget météo original et que l’on a une photocopie d’iOS (sérieusement ?)… Mais essentiellement quel est donc le foutu bénéfice client ? Qui sur la planète peut bien regarder par la fenêtre pour voir le temps qu’il fait et se le faire confirmer en temps réel par un widget, lui aussi sur la fenêtre ? Alors bien sur qu’il y a des maniaques (ou simplement des geeks), mais je peux penser que les ambitions de Samsung pourraient se porter un cran au-delà. Et il ne faut pas dire non plus “oui mais c’est juste un gadget parmi d’autres”. Quand on a une vidéo de moins de 2 min pour présenter son produit, on a intérêt à mettre en avant des choses passionnantes, il n’y a pas de place pour du superflu.

Ce qui renforce inexorablement mon énervement c’est qu’il n’y a pratiquement pas d’effort à faire pour donner du sens à ce produit. Il suffirait de prendre n’importe quel étudiant médiocre en design pour arriver à scénariser des dizaines d’idées intéressantes. Démonstration :

  • Pensons-le comme un affichage tête-haute de voiture : le matin nous avons les risques de pluie en fin de journée, l’état des bouchons dans la ville, les disponibilités de vélib dans le quartier et les grèves de transports en commun. Problème résolu : je prends le RER, ma voiture, ou un vélo pour aller travailler.
  • Retournons le principe présenté et affichons des informations à l’extérieur de la vitre : nous avons des digicodes interactifs à l’entrée d’un immeuble de standing, des menus affichés à l’entrée de restaurants, les dernières maison à la vente dans une agence immobilière. Problème résolu : rendre interactive la communication habituellement passive en accès d’immeubles / commerces.
  • Accentuons la magie de l’affichage sur la fenêtre : changer la scène vue par la fenêtre d’un bureau, avec des paysages d’îles, de montagne ou la vidéo en direct des enfants à la maison. Problème résolu : décloisonner l’espace de travail, permettre aux salariés de prolonger le contact familial et améliorer leur bien-être.

Ces trois exemples sont idiots ? Peut-être, peut-être pas. Mais il ne devrait pas être très difficile de trouver des idées brillantes exploitant le potentiel de ce produit, en y passant un peu plus des 5 min que j’y viens à peine d’y consacrer. Dans le pire des cas il suffit d’aller s’inspirer juste à côté

Côté positif de tout cela ? Notre agence a pas mal de boulot devant elle et il va falloir continuer à répéter encore longtemps que le produit n’est pas intéressant

Author: Philippe

Philippe has been training 200-300 startups a year since 2007, consulted for dozens of multinationals on rupture innovation or corporate incubation, and was directly involved in more than 150 startups building their market fit and scaling up their business. He also teaches business model innovation in key MBA programs whether they are in Paris or Shanghai. And since 2017, Philippe is now living in Amsterdam, one of the best European business hub around.

Comments are closed.