Le secteur de la presse papier sur le radar technologique

Je travaille souvent sur les collisions technologiques avec mes clients. En deux mots il s’agit d’anticiper avec eux les technologies qui vont basculer à brève échéance dans le grand public, et devenir incontournables pour toucher un marché B2B ou B2C. Un exemple de technologie ayant atteint une masse critique d’utilisateurs, de supports et de prix est le GPS. Encore élitiste il y a quelques années, cette technologie est maintenant ubiquitaire et apparaît aussi bien dans les téléphones mobiles, que bientôt dans les appareils photos.

Un secteur frappé par les collisions technologiques et extrêmement intéressant à suivre, est celui de la presse. En France comme à l’étranger, les journaux sont heurtés par deux forces : les médias gratuits qui se sont installés comme un modèle économique viable ; et la nécessité d’une présence active sur internet pour des journaux comme Le Monde, Libération, le New York Times et autres. Or ces deux forces sont aujourd’hui assez destructrices. La presse gratuite est une presse qui ne génère pas de contenu éditorial, et qui se contente de diffuser les grandes nouvelles générées par l’AFP ou Reuters de façon quelque peu parasitaire. Et les journaux en ligne qui ont eux un contenu riche, comme leur contre-partie papier, ne génèrent que peu ou pas de bénéfices.

Le cas du New Yor Times (NYT) est d’ailleurs symptomatique.

En moyenne le NYT a plus de 13 millions de lecteurs en ligne, contre à peine plus de 1 million de lecteurs de l’édition papier (1,1 M en semaine et 1,6 M pour l’édition sur-vitaminée du dimanche). Or dans les revenus publicitaires totaux de 483,5 M$, seulement 51 M$ proviennent de la publicité en ligne. Il est facile de comprendre que ce décalage ne sera pas indéfiniment viable.

La question est : quelle va être la stratégie choisie par la presse pour que ce ne soit pas simplement 10% de son marché qui génère la majorité de ses revenus ? Les tentatives de monétisation de l’information sur internet sont restées timides et peu efficaces. Certes des accès premiums sont proposés pour accéder à des archives, ou à des news vidéos… mais rien qui permette un emballement positif des internautes.

Ceci étant posé, pourquoi parler du marché de la presse ?

Parce qu’il y a beaucoup de chances que dans votre propre marché vous vous apprêtiez à affronter pareils problèmes. Peut-être à plus longue échéance, mais dans tous les cas une technologie qui n’est pas sur votre radar va un jour ou l’autre apparaître comme une force disruptrice, bouleversant le status quo de votre marché. J’évoquais le GPS comme exemple de technologie en collision au début de ce billet. Ce n’est pas innocent : quelle que soit votre activité, cette technologie risque de changer subtilement (ou brutalement) votre marché. Dans les prochaines années la géolocalisation va s’imposer comme un outil ou un service banalisé dans le transport, le suivi des forces commerciales, des consommations clients, de l’échange des données, etc.

La question n’est donc pas de savoir si vous allez être un précurseur ou un suiveur dans ces bouleversements technologiques (les deux attitudes sont payantes), mais de savoir pendant combien de temps votre marché va continuer à exister tel qu’il est. Avez-vous 1, 2, 3 ou 5 ans devant vous ? Quelles sont les technologies les plus susceptibles de venir bouleverser votre marché ? Quelles seront vos adaptations aux changements arrivant sur votre radar ? En combien de temps pouvez-vous transformer la génération de vos revenus pour vous adapter ?

L’exemple de la presse papier est dans tous les cas un laboratoire stratégique très représentatif, et qui pourra nous apprendre beaucoup dans les 1 à 2 ans à venir. Je vous recommande de le suivre avec attention !

Author: Philippe

After obtaining a PhD in biotechnologies, and working in a medical diagnostic startup, Philippe Méda has managed teams and companies in the medical and pharmaceutical industries for over fifteen years. Following an MBA in 2007 Philippe founded Merkapt, a consulting agency in charge of co-piloting innovation for startups and large multinationals, in Europe, and Asia. Since then he has been training 200 to 300 startups a year, consulted for dozens of multinationals on rupture innovation or corporate incubation, and was directly involved in more than 150 startups building their market fit and scaling up their business. Philippe also teaches innovation and business model design in key MBA programs in Paris and Shanghai and is now living in Amsterdam.

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