Nokia et l’innovation “grassroots”

Cela fait bien deux ans que je parle des impasses de l’innovation technologique en m’appuyant sur l’exemple de Nokia. De ce point de vue l’entreprise finlandaise qui est depuis 2008 le plus grand constructeur de téléphones mobiles, est en cas exemplaire. Toujours capable de produire des appareils technologiquement impeccables, son business model est resté bloqué au début des années 2000…

Cela fait bien deux ans que je parle des impasses de l’innovation technologique en m’appuyant sur l’exemple de Nokia. De ce point de vue l’entreprise finlandaise qui est depuis 2008 le plus grand constructeur de téléphones mobiles, est en cas exemplaire. Toujours capable de produire des appareils technologiquement impeccables, son business model est resté bloqué au début des années 2000.

Face à la montée en puissance de Google et de son système de développement ouvert, face à l’installation fracassante d’Apple comme révolutionnaire du monde de la musique et du mobile… Nokia est resté ces dernières années empêtré dans une inertie totale. Certe Nokia a réussi à inonder le continent indien et africain de millions d’unités de téléphone mobiles. L’Afrique seule comptant plus de 300 millions de numéros de mobiles, loin devant les Etats-Unis et le Canada réunis. Mais à part sa capacité à écouler des stocks d’appareils obsolètes dans les pays développés, Nokia n’a su construire aucun écosystème économique dans ces nouveaux marchés.

Les banques locales elles, ont par contre su rapidement tirer profit des parcs de téléphones apparus, en proposant des systèmes de micro-paiements, proches du micro-crédit. Des paysans isolés et illettrés ont commencé à échanger des informations sur les marchés où vendre leurs productions à meilleur prix, ou à s’informer de façon fiable des risques d’orages avant les récoltes. La technologie propagée à Nokia a ainsi permis de faire apparaître des stratégies d’innovation”grassroots” extrêmement intéressantes.

Aujourd’hui Nokia semble se ressaisir et à son grand crédit, ne pas chercher à se battre contre ses marchés, mais à les embrasser et à en tirer partie. Lors du CES de Las Vegas qui a eu lieu la semaine dernière, et où tous les grands acteurs de l’électronique présentent leurs derniers gadgets, Nokia a jouer le décalage. Olli-Pekka Kallasvuo, le CEO de Nokia a ainsi présenté deux programmes phares. Le premier mené en collaboration avec Lonely Planet (les guides touristiques) est appelé The Progress Project. Il a pour but de recenser et de mieux comprendre, comment pays émergents ou développés utilisent les mobiles de façon sociale ou environnementale. Le deuxième projet est relié à celui-ci. Il s’agit du Nokia Growth Economy Venture Challenge visant à récompenser par 1 million d’USD des personnes capables de proposer des nouveaux outils mobiles pour favoriser le développement des pays émergents avec la technologie mobile (Nokia si possible !).

Est-ce là le chant du signe de Nokia ? Ou est-ce une façon éminemment habile de transformer en de nouvelles opportunités l’impasse dans laquelle est cette entreprise ? Je me garderai bien de faire le moindre prognostic. Mais j’adhère et je salue ce revirement, en attendant de voir avec impatience quelle sera la réaction des autres fabricants. En particulier les fabricants chinois qui ont :

  • La maîtrise technologique nécessaire (toutes les productions de smartphones, iPhone en tête, sont depuis des années délocalisées entièrement en Chine continentale)…
  • La compréhenssion directe des besoins de leur marché intérieur et de celui du continent africain.
  • Et surtout très peu d’inertie ou de contraintes culturelles, les rendant capables d’aller dans des directions inattendues avec vélocité.

Author: Philippe

After obtaining a PhD in biotechnologies, and working in a medical diagnostic startup, Philippe Méda has managed teams and companies in the medical and pharmaceutical industries for over fifteen years. Following an MBA in 2007 Philippe founded Merkapt, a consulting agency in charge of co-piloting innovation for startups and large multinationals, in Europe, and Asia. Since then he has been training 200 to 300 startups a year, consulted for dozens of multinationals on rupture innovation or corporate incubation, and was directly involved in more than 150 startups building their market fit and scaling up their business. Philippe also teaches innovation and business model design in key MBA programs in Paris and Shanghai and is now living in Amsterdam.

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