Et si l’on arrêtait d’innover des problèmes qui n’existent pas ?

J’étais lundi avec la partie de la nouvelle promotion de l’Executive MBA d’Euromed Management, qui va suivre la filière “entrepreneuriat”. Avec deux autres professeurs nous leur avons d’une part présenté le programme à venir, le travail attendu et la façon dont nous allons les accompagner pendant 12 ou 24 mois selon leurs options. Comme nous le faisons maintenant de façon régulière, nous démarrons ce programme avec quelques exercices simples de positionnement et tentons de dégager avec eux les premières pistes qui vont structurer leur projet.

Une des priorités est ainsi de les amener rapidement à sortir du mode “mon rêve a toujours été de faire…” pour passer plutôt à “qui pourrait être intéressé et comment je peux le tester dès demain ?”. Formellement comme toute bonne startup, nous les amenons à formuler un problème identifiable et actionnable, plutôt que de se précipiter à créer leur solution idéale à un problème qui n’existe pas et surtout, qui risque de ne jamais exister.

Je reconnais du coup que quand deux jours après je vois cette vidéo (splendidement réalisée par ailleurs), je m’énerve quelque peu :

Parce que je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai du mal à comprendre le fétichisme constant que de nombreux designers ont pour ce foutu réfrigérateur. Serait-il possible de lui foutre la paix et d’arrêter d’essayer de lui faire résoudre des problèmes qui n’existent pas et n’existeront jamais ? Vous ne pensez pas que si vous avez réellement un stress pathologique sur l’état de fraîcheur de vos légumes, il suffit de mettre une porte vitrée transparente plutôt que d’aller taguer en RFID vos poireaux et relier tout cela en réseau local à un affichage tactile grand format ? Sérieusement ?

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Au-delà de cet agacement cela indique qu’il faut constamment veiller à ne pas perdre le cap et garder en tête le problème que l’on cherche à traiter. J’ai toujours adoré la légende urbaine qui raconte que quand la NASA avait dépensé des millions de dollars à créer un stylo pour les vols spatiaux qui pouvait fonctionner en apesanteur avec une cartouche d’encre pressurisée… alors les russes s’étaient contentés d’utiliser des crayons.

Si l’on revient à notre frigo douteusement “intelligent” ne serait-il pas plus intéressant de réfléchir à qui peut réellement avoir ce type de problème ? Comme une banque d’organe ou un stockage de vaccins ? Tout cela ne devrait-il pas être alors relié à un ERP spécifique assurant la gestion de stock mais aussi le lien avec les urgences patient, la traçabilité des lots, etc ? Probablement. Mais cela est un peu plus compliqué à décrire et moins sexy en terme de vidéo.

Du coup l’innovation est souvent ramenée à ces clichés de “nouveaux usages” qui ressemblent un peu à la SF des années 60 qui ne savait voir le futur que comme le quotidien de l’époque (la voiture) mais en plus technologique (la voiture volante). Sans imaginer le métro automatique, l’orientation par GPS, les avions low-costs ou le vélo en libre-service.

Comme cela faisait des livres amusant à l’époque, cela continue de faire de jolies vidéos, mais cela ne fait guère vendre de RFID ou de NFC.

Author: Philippe

After obtaining a PhD in biotechnologies, and working in a medical diagnostic startup, Philippe Méda has managed teams and companies in the medical and pharmaceutical industries for over fifteen years. Following an MBA in 2007 Philippe founded Merkapt, a consulting agency in charge of co-piloting innovation for startups and large multinationals, in Europe, and Asia. Since then he has been training 200 to 300 startups a year, consulted for dozens of multinationals on rupture innovation or corporate incubation, and was directly involved in more than 150 startups building their market fit and scaling up their business. Philippe also teaches innovation and business model design in key MBA programs in Paris and Shanghai and is now living in Amsterdam.

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