Vie et mort d’une idée dans une startup

Avec les créateurs startups, il est très fréquent que je discute avec passion de l’inutilité de cacher ses idées, parfois même de trop y réfléchir, mais plutôt d’avancer vite en « faisant quelque chose ». Il y a pour moi deux principes clefs dans cela :

  1. On ne vole pas une idée
  2. La priorité est de mettre quelque chose sur le marché

J’ai déjà écrit assez souvent sur ces sujets et, rassurez-vous, je vais essayer de ne pas vous en reparler avant un ou deux mois… Mais je suis tombé ce matin sur un projet dont nous avions discuté de façon très précise avec un de mes clients qui est une startup dans les télécoms. Il n’y a pas de surprise, si l’on ne va pas vous voler *votre* idée, celle-ci a probablement germé dans la tête d’une centaine, ou d’un millier, d’entrepreneurs. La différence est dans l’exécution — ou non. Sans être plus précis que cela sur l’identité de mon client, son idée de travail à l’époque était un assistant intelligent pour la téléphonie. Le projet était à la fois vague et ambitieux et nous avions travaillé de nombreuses heures pour le matérialiser avec quelques idées produit concrètes.


L’un de ces produits était une application pour téléphone mobile permettant de créer un répondeur intelligent. Le prototype minimal devait être capable par une interface très visuelle de gérer quelques combinaisons de règles simples (sonnerie / vibreur / silencieux / messagerie) appliquées à des situations types (travail / réunion / déplacement / week-end / soirée / famille / vacances / sport), associées à de la géolocalisation et de la gestion de contacts (GPS / WiFi / carnet d’adresse / groupe de travail). Cette partie du projet avait même était pitchée à un groupe d’entrepreneurs et les réactions avaient été très négatives : « c’est trop simple, n’importe qui peut le faire en 3 semaines », « ça n’a aucun intérêt, tout le monde sait mettre son mobile sur messagerie », j’en passe et des meilleures.

Ce qui devait arriver arriva puisqu’entre temps Locale a fait surface : une application Android développée par des étudiants du MIT, qui ont empoché $300.000 dans un concours organisé par Google.

Glissons sur le feed-back du groupe d’entrepreneurs en question. Travaillant activement avec eux je connais leur pertinence habituelle, mais il y a parfois des jours sans… Ceci étant, si avec la startup nous avions poursuivi cette idée nous aurions probablement vu Locale plus tôt et nous serions posé beaucoup de questions : qu’est-ce que notre projet apporte de plus ? Aurons-nous le temps de le faire avant qu’ils ne rajoutent d’autres fonctionnalités ? Nous parlions d’iPhone, ils sont sur Android, quelle plate-forme retenons-nous ?

Ce projet garde je pense beaucoup d’attrait. D’une part je ne crois pas à l’avantage du premier entrant, et d’autre part je n’ai parlé que de la surface du projet, en omettant deux ou trois « killers features ». Par ailleurs Locale n’a abouti qu’à faire une appli Android, alors que nous avions réfléchi à un business model beaucoup plus ambitieux. Mais le client dont je vous parle a tout de même fait ce qu’il fallait faire : aller rapidement au contact des clients potentiels, tester des solutions et trouver des opportunités efficaces. Et il a en cours de belles négociations avec de gros opérateurs télécoms à l’étranger (le produit a changé, mais le business model a été robuste).

Je ne sais pas s’il y a une morale à l’histoire. Outre le fait de faire le malin, parce que j’ai quand même le nez creux dans ces secteurs technologiques, il y a surtout un équilibre délicat à trouver entre : ne pas tomber amoureux trop fort de ses idées, et : se laisser déstabiliser par les premiers feedbacks. Et dans tous les cas il faut aller chercher la valeur ajoutée là où elle est… Chez le client.

La startup est un sport de combat et il faut aller au contact !

Author: Philippe

Philippe has been training 200-300 startups a year since 2007, consulted for dozens of multinationals on rupture innovation or corporate incubation, and was directly involved in more than 150 startups building their market fit and scaling up their business. He also teaches business model innovation in key MBA programs whether they are in Paris or Shanghai. And since 2017, Philippe is now living in Amsterdam, one of the best European business hub around.

Comments are closed.