Sommes-nous dans l’âge post-PC ?

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C’est une discussion qui devient de plus en plus récurrente pour tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la technologie. Tout comme dans les années 80, où nous avons vu l’ordinateur passer du stade d’outil industriel à celui d’objet personnel (le PC), nous serions 30 ans après face un nouveau cisaillement tectonique.

Le “personal computer” que nous connaissons et utilisons tous est probablement en train de s’effacer au profit d’une cohorte d’autres appareils. Essayons de comprendre pourquoi.

Les écrans vs. le moniteur

L’utilisation du PC en poste fixe ou portable à partir d’un moteur unique disparait. Nous avons autour de nous plusieurs écrans : celui du bureau, un portable probablement, celui du PC domestique, notre smartphone, un e-reader, une tablette… Et bientôt notre écran télé, ou le tableau de bord de notre voiture ? L’usage informatique devient plus distribué, plus spécifique au travers de ces différents écrans. La puissance de traitement n’est certes pas la même, mais les usages deviennent continus et interdépendants.

Les apps vs. les logiciels

Pour répondre à cette hétérogénéité d’usages les grands logiciels que nous connaissions, avec leurs mises-à-jour annuelles lourdes, se fragmentent en composantes plus essentielles. Dans certains cas ils s’effacent même et disparaissent au profit de ces apps focalisées pour traiter une fonction rapidement et efficacement. Au quotidien, gérer des tâches avec Remember the Milk s’avère ainsi plus pertinent qu’utiliser qu’Outlook. Ce changement de focus incité par le développement du web mobile, a été aussi largement favorisé par  les programmeurs trouvant dans l’App Store d’Apple un débouché simple et efficace. Ce qui est intéressant aujourd’hui c’est que les apps commencent à remonter des smartphones et tablettes, vers les PC et bientôt les télévisions.

Le cloud vs. le stockage

Cette consommation différente de l’informatique pousse même les apps à être finalement des “web apps”. Le paradigme du SaaS (software as a service) prend alors lui aussi de la vitesse : une fois le stockage devenu une commodité et l’accès à internet ubiquitaire, pourquoi continuer à gérer des logiciels et du stockage local ? Pourquoi devoir encore s’occuper de mises-à-jour de nos outils ? Dès lors que l’on manipule plusieurs machines, autant tout pouvoir retrouver sur internet et ne pas avoir à synchroniser, et risquer de perdre des données. Le cloud devient la glue indispensable à nos usages, le stockage local sur nos machines un pis-aller temporaire, un simple buffer.

Les plateformes vs. les OS

Les systèmes d’opérations de nos machines ne sont plus alors les seuls moteurs les plus fondamentaux de cet univers. Si le PC n’est plus le centre de gravité, les OS sont multiples ou se fragmentent : je n’utilise pas le même windows sur mon PC ou sur mon smartphone. Mais dès lors que le cloud soutient tout cela, les fonctionnements restent identiques, voire même totalement transparents. Les OS deviennent en quelques sortent des logiciels comme les autres. De plus bas niveau certes, mais de plus en plus interchangeables. De façon plus structurantes, se sont des plateformes qui se mettent en place. Des écosystèmes dont iOS et Chrome OS sont les précurseurs et où nous pouvons interagir avec nos données où que l’on soit, quel que soit l’objet que l’on utilise. Où il est facile d’acheter des logiciels, des apps, ou des médias de façon centrale et propagée par le cloud.

Le PC est un périphérique parmi d’autres

Nous devons bien nous rendre à cette évidence, la logique PC / logiciels / stockage / OS à déjà cédé la place à une configuration écrans / apps / cloud / plateforme. Il est facile de constater que tous les leaders actuels sont en train de dévisser de leur position dans chaque segment :

  • HP et Dell  dans la fabrication de PC ;
  • Microsoft dans la production d’OS ;
  • Nokia et RIM dans l’univers de la mobilité ;
  • Sony dans le multimédia.

Les nouveaux leaders sont à chercher dans les créateurs de plateformes comme Google ou Apple, et en toute logique un jour Facebook ou Amazon. Il est alors intéressant d’être un observateur neutre de cette transition qui n’est pas douce, mais très brutale pour les anciens leaders.  Si certains deviennent lucides de façon précipitée comme le nouveau CEO de Nokia (et assez ironiquement un ancien Microsoft) :

“Nos compétiteurs ne nous prennent pas des parts de marché avec des appareils ; ils prennent notre marché avec des écosystèmes entiers !” – Stephen ELOP, 2011

La plupart réagissent en se crispant sur le coeur de marché actuel et fatalement, sur une vision dans le rétroviseur. Le type de comportement qui, avant la révolution du PC, conduisait le CEO de Digital Equipment à prédire :

“Il y a bien peu de raison pour qu’un individu désire un ordinateur chez lui” – Ken OLSEN, 1977

Author: Philippe

Philippe has been training 200-300 startups a year since 2007, consulted for dozens of multinationals on rupture innovation or corporate incubation, and was directly involved in more than 150 startups building their market fit and scaling up their business. He also teaches business model innovation in key MBA programs whether they are in Paris or Shanghai. And since 2017, Philippe is now living in Amsterdam, one of the best European business hub around.