L’iPad, une évidence ?

Vendredi dernier après la conférence E1 à Toulon avec 43.117, je me suis bêtement fais piéger sur le stand de démonstration des iPads à la FNAC. Après l’effet “wow” de l’appareil vu en live, je n’ai pas différé mon achat et me suis emparé d’un modèle Wifi 64 Go, ainsi que d’un clavier bluetooth et d’un kit de connection VGA. Hors de question de vous faire une revue complète de la machine, cela fait des semaines que tout le monde en produit (celle de Ars Technica est comme d’habitude la plus incroyablement précise et détaillée). En revanche ce qui m’intéresse c’est que l’iPad est la quintessence des produits presque impossibles à marketer…

Imaginez quelques secondes que l’iPad n’ait pas été produit et conçu par Apple, mais par une startup vaguement excentrique et certainement géniale. Si vous ne bénéficiez pas d’un effet de halo apporté par des produits qui depuis plusieurs années sont des succès phénoménaux, comment vendre l’iPad ? Examinons les réponses possibles et laissez-moi imaginer le type de réponses qu’un comité de financement de l’innovation pourrait avoir :

1) C’est une tablette informatique !

Aucun intérêt. Comment une startup pourrait aller jouer sur ce terrain miné où tous les grands de l’informatique ont échoué, mais persistent ? Et pas de caméra ou d’appareil photo ?

2) Mais c’est un nouveau média !

Une nouvelle façon de consommer internet et la vidéo ? Comme Archos en somme ? OK c’est moins ambitieux que d’attaquer Microsoft, Dell et HP à la fois, mais bon courage face à une société qui a 12.000 points de distributions dans le monde et génère plusieurs dizaines de millions d’euros avec ces seuls produits.

3) Euh… On peut lire des livres et des magazines…

Fantastique, vous servez à quoi par rapport au Kindle d’Amazon ? Et puis soyons réaliste, la presse est un secteur en crise où il n’y a pas d’argent. Le livre lui survit péniblement. A quoi bon essayer de jouer sur ce marché ?

4) Je vous ai parlé des mails, des photos ?

Merci j’ai un blackberry il fait déjà tout ça. Et avec lui, mine de rien, je peux téléphoner.

5) Il reste les jeux… ?

Ah, maintenant c’est à la DS de Nintendo que vous allez vous attaquer ? On va arrêter là mon garçon, merci de votre enthousiasme…

Pas vraiment facile d’innover non ? Surtout quand l’innovation ne repose pas sur un avantage technologique simple (un écran plus grand, plus de fonctionnalités), ou un avantage économique radical (votre ordinateur pour 30 €). Il faut admettre que certains produits ne peuvent pas vraiment se démontrer. Ils doivent être propagés rapidement, mis dans les mains d’un maximum d’utilisateurs, essayés / testés par des adoptants précoces, pour que le marché puisse s’ouvrir. Et cela est très difficile à mettre noir sur blanc dans un business plan.

Author: Philippe

After obtaining a PhD in biotechnologies, and working in a medical diagnostic startup, Philippe Méda has managed teams and companies in the medical and pharmaceutical industries for over fifteen years. Following an MBA in 2007 Philippe founded Merkapt, a consulting agency in charge of co-piloting innovation for startups and large multinationals, in Europe, and Asia. Since then he has been training 200 to 300 startups a year, consulted for dozens of multinationals on rupture innovation or corporate incubation, and was directly involved in more than 150 startups building their market fit and scaling up their business. Philippe also teaches innovation and business model design in key MBA programs in Paris and Shanghai and is now living in Amsterdam.

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