Le problème avec Microsoft…

C’est de penser que l’innovation réside dans la technologie.

Que la technologie est soit la barrière d’entrée, soit le facilitateur unique et absolu des révolutions. Pour Microsoft, une fois la technologie acquise, le reste se débloque et coule évidemment de source. Ce type de credo est logique dans les biotechnologies, la physique nucléaire ou la mécanique des fluides. Dans ces domaines où il n’y a pas de distance entre la technologie et une réalisation pratique. Mais en informatique, dans les technologies de l’information ?

Si Windows CE existe depuis 1992 et il aura fallu attendre 2010 pour avoir une première version d’un OS mobile intégré, conçu vers l’utilisateur. Dans tous les autres segments de marchés nous attendons toujours.

La suite Office reste un inexorable amalgame de fonctionnalités toutes plus inutiles les unes que les autres, noyant le coeur de ce qui nous est utile au quotidien. Et ce n’est pas je crois un problème de design, d’ergonomie, d’interface, de choix technologique, de rétro-compatibilité nécessaire, ou que sais-je. C’est de façon claire et évidente un problème de compréhension du client au niveau le plus élémentaire. Prenons en exemple la dernière vidéo nous parlant, à nous consommateurs moyen,s de Powerpoint. Pourquoi utiliser Powerpoint dans le cadre familial vous demandez-vous certainement ? Et bien partagez la vision de Microsoft :

Bon, passons outre la communication qui nous envoie des grandes tranches de spontanéité forcée et qui va faire fuir n’importe quel membre de la génération Y. Ce qui est plus important c’est que de toutes les choses qui pourraient être mises en avant, c’est finalement la possibilité d’utiliser une animation en feu d’artifice. Vous comprenez le soucis ? Si vous n’avez que trois minutes pour parler de votre produit, allez-vous choisir la fonction la plus obscure et inutile ? Une fonction que vous auriez d’ailleurs probablement dû enlever dès le départ ? Vous voyez en tout cas à quel point cela me fait bondir.

Jetons maintenant un regard vers la haute technologie de Redmond, celle qui nous transporte dans le futur et qui est presque indiscernable de la magie : Surface. Annoncé en 2007 cette technologie multi-touch n’a toujours débouché sur rien. Rien d’utilisable, ni même de vaguement montrable en-dehors d’une demi-douzaine de bar ultra-hype à New-York et Tokyo. Il est même gênant de se rappeler que le premier iPhone a démocratisé le multi-touch… en 2007. Evidemment il est impossible de ne pas imposer la marque en A à Microsoft en terme de vision et de position de l’utilisateur dans leur stratégie.

Ici encore la dernière promo de Surface 2.0 qui a été présentée au CES de Las Vegas est surréelle :

Le paradigme est constant : dès lors que la technologie est là, les applications et les usages vont apparaître spontanément. Et en effet, dès lors que vous avez acheter un écran de 40″ interactif à plus de $7.000, que vous manque t’il ? Vous allez pouvoir immédiatement refaire les plans de la nouvelle maison de vos clients en temps réel, changer la couleur du parquet, revoir le devis à la volée et probablement envoyer la commande pour les fournitures à vos sous-traitants… Non ? Ah, ben non tiens.

Pendant ce temps le champ est libre pour d’autres, qui redéfinissent depuis 3 ans nos habitudes d’interactions avec les ordinateurs, petites touches par petites touches :

J’ai encore un souvenir ébahi d’il y a deux ans, ou nous réfléchissions avec une école de management à la réalisation de tableaux blanc interactifs pour une salle de réunion 2.0. Nous avions essayé de rencontrer quelques prestataires qui auraient pu nous proposer des choses simples comme créer des post-its multitouch, les échanger entre participants, les modifier, etc. Quatre prestataires avaient été successivement rencontrés. Dans les quatre cas mon client a été plongé dans une discussion invraisemblable où il devait à peu de chose près faire une description fonctionnelle de chaque objet informatique qu’il souhaitait manipuler. Vous imaginez devoir acheter un OS pour votre laptop en devant rédiger au préalable un cahier des charges sur le comportement de chaque bouton de fenêtre ? Une confusion totale entre la technologie et son objet.

Or c’est très grave. Ceux qui me connaissent savent à quel point il m’est difficile de ne pas réagir avec passion dès que je voie la moindre startup élaborer le moindre produit technologique, sans avoir réfléchi en profondeur à sa valeur ajoutée.

Pour terminer ce billet d’humeur je vous laisse ci-dessous avec un montage que j’ai réalisé, d’une petite fraction des nouveaux produits présentés au CES 2011. Vous voyez le problème ?

La semaine prochaine je serais plus constructif c’est promis. Et je vous parlerais justement de l’innovation en écosystème, où une entreprise crée les conditions favorables pour que d’autres viennent utiliser sa technologie et coloniser le marché avec elle, ou à sa place. : )

Author: Philippe

Philippe has been training 200-300 startups a year since 2007, consulted for dozens of multinationals on rupture innovation or corporate incubation, and was directly involved in more than 150 startups building their market fit and scaling up their business. He also teaches business model innovation in key MBA programs whether they are in Paris or Shanghai. And since 2017, Philippe is now living in Amsterdam, one of the best European business hub around.